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Le congé de paternité à 25 jours : ce que ça change, et ce que ça ne change pas

· 4 min de lecture

Depuis juillet 2021, les pères ont 25 jours au lieu de 11. Ce qu'on sait de l'effet des congés paternels sur le partage des tâches, en France et ailleurs, et pourquoi les premières semaines décident souvent de qui y pense pour dix ans.

Quand notre première est née, le congé de paternité durait onze jours. C'était le temps d'installer le siège auto et de faire deux nuits. Puis l'un de nous est retourné au bureau, l'autre est resté, et sans que personne ne l'ait décidé, la personne restée à la maison est devenue celle qui savait tout : les tétées, les rendez-vous, la taille des bodies. Dix ans plus tard, on en portait encore la trace dans notre tableau.

Ce qui a changé en 2021

Depuis le 1er juillet 2021, le congé de paternité et d'accueil de l'enfant dure 25 jours calendaires, 32 en cas de naissances multiples, en plus des trois jours de congé de naissance payés par l'employeur. Quatre de ces jours sont obligatoires, à prendre immédiatement après la naissance. Le reste peut être fractionné et pris dans les six mois. Les conditions exactes sont sur service-public.fr.

Le passage de 11 à 25 jours faisait suite au rapport de la commission des 1000 premiers jours, qui recommandait d'allonger le congé du second parent pour des raisons de développement de l'enfant et d'équilibre du couple. Il reste très loin des seize semaines du congé maternité, et loin des pays nordiques où plusieurs mois sont réservés au père.

Ce qu'on sait de l'effet sur le partage

Prudence : on ne sait pas grand-chose de solide sur la réforme française de 2021, qui est récente. Ce qu'on sait vient de recherches plus anciennes ou étrangères.

D'abord, tout le monde ne le prend pas. La DREES a montré, sur l'ancien congé de 11 jours, qu'environ sept pères sur dix le prenaient, et beaucoup moins chez les indépendants, les intérimaires et les pères en contrat court. Le congé a des effets sur ceux qui le prennent, pas sur les autres, et ceux qui ne le prennent pas sont souvent ceux pour qui le partage est déjà le plus déséquilibré.

Ensuite, les études sur les congés réservés aux pères dans les pays nordiques trouvent en général un effet modeste mais durable sur le temps que les pères consacrent aux enfants, et un effet plus faible, parfois nul, sur le ménage et le linge. Autrement dit : un père qui a pris un long congé joue plus avec ses enfants dix ans plus tard. Il ne repasse pas plus.

C'est cohérent avec ce que l'INED a observé en France après les 35 heures : quand on libère du temps aux hommes, ils le mettent dans le bricolage, l'administratif et le jeu avec les enfants, pas dans le ménage. Le temps ne redistribue pas les rôles. Il les remplit.

Pourquoi les premières semaines comptent quand même

Il y a une chose que les carnets de temps ne mesurent pas et que tous les parents connaissent : les premières semaines fixent qui sait. Celui qui est à la maison apprend, jour après jour, quand le bébé a faim, quel médicament, quelle taille, quelle crème, quel rendez-vous. Il ne le fait pas par choix, il le fait parce qu'il est là. Et ce savoir, une fois installé, se transmet mal. Au retour au travail de l'autre, l'écart de compétence est réel, et il justifie ensuite, pendant des années, que ce soit toujours la même personne qui y pense.

C'est ce que la sociologue Allison Daminger appelle l'anticipation, et ce qu'on appelle sur ce site « y penser ». Un congé plus long pour le second parent ne sert pas d'abord à faire plus. Il sert à savoir autant, au moment où le savoir se construit.

Ce qu'on ferait différemment

Si c'était à refaire, on ne prendrait pas les 25 jours d'un bloc au début. On en garderait une partie pour le moment où l'autre reprend le travail : ces deux semaines-là, seul avec le bébé, sont celles où l'on devient celui qui sait, et pas celui qui aide. Le fractionnement le permet depuis 2021.

Et on ferait le compte tôt. Pas à la naissance, personne n'a la tête à ça. Mais vers les six mois, avec la liste complète, pour voir ce qui a déjà glissé. À six mois, la répartition n'est pas encore une habitude. À trois ans, elle l'est.

Ce qu'il faudrait pour aller plus loin

Le Haut Conseil à l'Égalité et plusieurs économistes de l'OFCE plaident depuis des années pour un congé du second parent plus long et mieux rémunéré, sur le modèle de ce qui existe en Suède ou en Islande. Le débat est politique et on ne le tranchera pas ici. Ce qu'on peut dire, à l'échelle d'un couple, c'est que la durée du congé compte moins que ce qu'on en fait : prendre la maison en entier pendant ces jours-là, y compris ce qu'il y a à savoir, plutôt que donner un coup de main.

Sources et lectures

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